lundi 28 mars 2011

La prévention n'est pas payante 1 de 3

En santé, je suis toujours choquée ou triste de voir à quel point la prévention est si peu encouragée dans notre société. Je me demandais pourquoi, et j'ai eu le goût de partager quelques éléments de ma réflexion.

1 : on ne parle JAMAIS de prévention...
On ne parle à peu près jamais de la prévention pour réduire la pression sur le système de santé. Pourtant, s'il y a un moyen qui pourrait renverser la tendance actuelle à la hausse constante des coûts et de l'engorgement des urgences, c'est bien la prévention. En fait, c'est peut-être le seul qui peut marcher, parce que malgré tous les efforts consentis, le temps d'attente aux urgences continue d'augmenter, les coûts d'exploser, etc.
Mais pourquoi la prévention est si peu présente ? Voici quelques hypothèses :
  • la prévention se passe essentiellement hors du contrôle direct des intervenants et dirigeants en santé. L'alimentation, l'exercice physique, la santé mentale au travail et dans les familles, autant d'endroits plus ou moins "hors de portée";
  • le système est bâti sur la médecine d'urgence : sauver un blessé grave, un cardiaque, soigner des blessures. Par leur aspect imprévisible et ponctuel, ces évènements restent dans le court terme;
  • la prévention demande des ressources humaines et de l'argent, pour des résultats qui ne seront souvent visibles que dans 2, 5 ou 20 ans;
  • la prévention ne soulève pas les passions comme la privatisation du système de santé;
  • le système est devenu si complexe qu'il est plus facile de continuer comme avant (médecine plutôt ou très interventionniste), par simple effet d'inertie. Les dirigeants n'ont plus aucune possibilité de saisir le système de santé dans son ensemble;
  • la plupart des acteurs (médecins, infirmières, intervenants) préfèrent une intervention immédiate, dont ils contrôlent les paramètres;
Tout ça peut se résumer à l'urgent avant l'important !
    Par où commencer ? Quelques idées de départ :
    • responsabiliser les gens;
    • prendre le temps d'expliquer les choix aux contribuables autant qu'aux patients;
    • faire confiance aux infirmières, aux pharmaciens et aux patients eux-mêmes;
    • former les gestionnaires;
    • changer les systèmes de rémunération pour que la santé soit plus profitable que la maladie;
    • décentraliser les décisions;
    • insister sur les résultats à moyen terme plutôt que sur les moyens et le court terme.
    Il faudra également accepter qu'on ne peut pas tout contrôler ni éviter 100% du risque, des décès et des accidents malheureux.

    Quelques références sur la prévention (ou son absence) :
    http://www.radio-canada.ca/...
    http://tvanouvelles.ca/...
    http://www.ledevoir.com/...

    Et trois autres qui parlent de la rémunération des médecins, des effets du ticket modérateur et du privé dans le système de santé :

    http://www.cyberpresse.ca/...
    http://www.cirano.qc.ca/pdf/...
    http://www.radio-canada.ca/...

    mardi 1 mars 2011

    Femmes à la maison

    Depuis plusieurs années, on (critique) affirme que les femmes médecins et certains des jeunes médecins font moins d'heures que leurs collègues masculins. La maternité, les responsabilités familiales accrues sont souvent mentionnées, mais je ressentais un certain malaise, un reproche implicite envers ces choix qui causent peut-être en partie la pénurie de médecins.

    Il y a quelques jours, j'ai soudain allumé sur une des raisons de mon malaise. C'est qu'il y a une grande injustice d'attendre d'elles (et eux) la même implication qu'il y a 40 ans.

    Pourquoi ? Parce qu'il y a 40 ans, la majorité des médecins étaient des hommes et surtout, l'immense majorité d'entre eux avaient LEUR FEMME POUR S'OCCUPER DE TOUT À LA MAISON. On ne peut donc comparer leur "dévouement" sans tenir compte de l'appui qu'ils obtenaient, en n'ayant rien à faire à la maison, sauf peut-être tondre la pelouse et faire le gazon. Je généralise, mais les statistiques (et les souvenirs des 40 ans et plus) confirment cette image, encore bien présente dans notre inconscient collectif.

    Et pas seulement présent avec les femmes médecins. Si vous avez des enfants, et si vous eu à planifier des rendez-vous médicaux, reçu des appels de l'école ou de la garderie, vous verrez que la plupart de ces tâches reviennent par défaut à la femme. Mais ce qui me chose que le plus, c'est qu'elles sont gérées comme si ces dernières n'avaient pas d'autre travail que la garde des enfants. Rendez-vous seulement de jour, longues heures d'attente, plusieurs tentatives d'appel pour réussir à parler avec le professeur ou le médecin, encore là de jour bien sûr. Pas étonnant que les employeurs considèrent que les femmes soient moins "fiables" que les hommes...

    Je m'interroge sur le temps que ça prendra pour changer cette mentalité. D'un côté, je déprime : certains appellent encore la Société des alcools la Régie, alors qu'elle a été renommée en... 1971! D'un autre côté, j'ai espoir, parce que les jeunes hommes sont de plus en plus impliqués dans l'éducation des enfants...